Société

Précarité, l’angoisse de la disqualification sociale

La cohésion sociale s’exprime depuis le milieu du XXème siècle par une protection sociale généralisée. Cette revendication ancienne des salariés renforce la sécurité de tous et particulièrement des plus démunis, traduisant le lien social et l’équilibre au sein de la société.

Reconnu par les autres

Notre existence est désormais encadrée par des mécanismes de protection, publics ou privés. L’individu se libère des contraintes et des exigences, il s’extrait des solidarités traditionnelles et de la famille au sens tribal ou clanique. Moins dépendant, plus autonome, il acquiert une plus grande conscience de son individualité. La reconnaissance de sa personne ne passe plus, ou moins, par le réseau familial mais par une multitude d’échanges de la vie sociale. Il existe par son travail, ses amis, son syndicat, ses associations, son café, ses loisirs, etc. Une autre vie s’offre à lui. Il bénéficie d’une protection et d’une reconnaissance dans/par le regard des autres. Il est « je » dans et par le « nous ».

Ses droits dits « sociaux » sont une partie de sa citoyenneté enrichie par les acquis du programme du Conseil national de la Résistance mis en œuvre à la Libération et inscrits dans le préambule de la Constitution de 1946. Ces acquis permettent d’intégrer le corps social et se stabiliser dans la vie.

Une précarisation croissante

Pourtant depuis les années 1990, une précarisation d’une part de la population apparaît lentement, insidieusement mais inexorablement. La souffrance sociale se développe, les associations caritatives, les services sociaux le constatent régulièrement.

Le chômage, soit la rupture avec le monde du travail se traduit matériellement par un affaiblissement du niveau de vie et la certitude de se sentir disqualifié au regard des autres et de soi-même. Le chômage de longue durée altère l’identité préalable et sécurisante. Il en résulte une perte de confiance, un sentiment d’inutilité. Peu importe que cela soit vrai ou pas, l’individu le vit comme tel, comme une menace pour son identité. On peut sinon l’accepter, au moins le comprendre pour des exclus comme les SDF, les sans-papiers, les clandestins. Pourtant cette crainte existe aussi chez les salariés précaires ce qui fragilise une part importante de la société, sans que les dispositifs sociaux ne soient à la hauteur de la situation.

La précarité des salariés est une crainte réelle chez nombre d’entre eux en raison d’une vulnérabilité économique dramatiquement vécue et d’une fragilisation des droits sociaux. Comme un sentiment d’être maintenu dans une condition avilissante, une atteinte à l’honneur, une chosification de la personne qui se vit comme un moyen de l’entreprise au même titre que les moyens financiers et techniques.

Un sentiment de frustration

Au fil du temps, un sentiment de frustration apparaît, le logement devient le souci majeur, les banques se méfient, les dépenses se limitent à l’essentiel, voire à une sélection dans cet essentiel. Une récente enquête montre que les français réduisent leurs dépenses de santé. La vie sociale s’étiole sans perspective. Chacun a pu connaître à certains moments des tensions dans ses ressources, mais la perspective d’une amélioration permettait de « tenir ». Or la situation des précaires est plus frustrante car il n’y a pas de perspective d’amélioration. Il en résulte une insatisfaction à l’égard de soi et une perception aiguë de l’injustice.

La précarité se traduit bien par une disqualification sociale où l’individu est vulnérable sur l’avenir et accablé sur le moment.

Cette rupture, ou simplement cette fragilisation, du lien social exige une réponse politique qui ne peut se limiter à une vague condescendance. La répartition des compétences entre l’Etat, les départements, les institutions sociales publiques et privées nécessite un réel partenariat entre ces acteurs pour maintenir l’équilibre social et donner une perspective sociétale.

 

Francis PIAN

Ancien conseiller municipal de Clamart

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