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2017, l’inédit n’est pas qu’une hypothèse, c’est aussi un devoir

Tribune de J.L. Bennahmias et G. Casanova parue dans le Journal Du Dimanche – 28 février 2016

Bennahmias-_small_mNe pas réitérer l’erreur de Chirac en 2002, vainqueur avec toutes les voix de la France anti-FN mais ne gouvernant qu’avec son socle du premier tour. Voilà l’appel que lancent Jean-Luc Bennahmias, président du Front démocrate et Gilles Casanova, son secrétaire général adjoint. 

Avec primaires ou sans primaire, le rendez-vous de la Présidentielle et des Législatives de 2017 ne ressemblera à aucun autre. Pas seulement parce que nous pouvons penser que la candidate d’extrême-droite virera en tête à l’issue du premier tour et pourra être élue même, au second, mais aussi parce que les législatives qui suivront ne pourront vraisemblablement dégager de majorité absolue.IMG_1339

Les conditions même de l’élection présidentielle, qui verront probablement au second tour un rassemblement de fait de la gauche et de la droite de gouvernement, autour d’un candidat issu de l’une ou de l’autre, créeront des conditions nouvelles et inhabituelles.

Il y a bien sûr le précédent de Jacques Chirac, qui élu contre Jean-Marie Le Pen par 82,21% des électeurs, indexa son gouvernement et sa politique sur les attentes de ses 19,88 % d’électeurs de premier tour.

« Un bloc majoritaire de résistance »

Il y a aussi le précédent de François Hollande,  qui fit battre, aux législatives, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou, alors que le premier avait apporté un concours massif et le seccond un concours décisif, à son étroit résultat victorieux de 51,64%, et se sentit essentiellement investi par ses 28,63 % d’électeurs du premier tour… et les 2,31% d’Éva Joly.

Les choses ne pourront plus se passer de la même façon. Si d’aventure Marine Le Pen devait l’emporter, les législatives auraient pour objectif de constituer un bloc majoritaire de résistance, capable de lui imposer une cohabitation sans concession. Il ne pourrait être constitué par une seule des deux  alliances. Dans le cas de victoire de son adversaire, il serait nécessaire à celui-ci de disposer d’une majorité parlementaire que son seul camp d’origine ne saurait plus lui fournir, et qui devrait donc épouser les contours de son électorat de second tour.

« Pourquoi faire semblant de croire que la seule alliance autour du PS ou LR pourra seule gouverner »

Il ne s’agit pas pour nous de faire de la politique-fiction par goût, mais de déterminer que c’est ici et maintenant que doivent se penser les termes programmatiques et politiques de fond dans lesquels une réponse peut être préparée à ces événements prévisibles.

Pourquoi faire semblant de croire que la seule alliance autour du PS ou LR pourra seule gouverner. Des marchandages de dernière minute ne grandiraient pas la politique, déjà tellement atteinte aux yeux de nos concitoyens. Contrairement à l’Allemagne, la France n’a pas la tradition de tractations politiques, quasi publiques, de deux ou trois mois, qui précèdent les alliances entre sociaux-démocrates, chrétiens démocrates et Verts. C’est pourquoi il faut maintenant, sereinement commencer à évoquer les termes du débat.

Dans ces conditions, nous avons, militants démocrates, engagés au centre de la vie politique française, fait l’expérience, au cours des années passées, des deux  situations qui se présentent couramment à ce courant : distordre suffisamment les positions et propositions qui sont les nôtres pour qu’elles puissent s’intégrer dans l’alliance dominée par la gauche, ou les distordre suffisamment pour qu’elles puissent s’intégrer dans l’alliance dominée par la droite. On note que les deux attitudes coexistant simultanément, se trouvent placés régulièrement en position de face-à-face irréductible, des acteurs issus de ce courant, que tout n’oppose pas, loin de là. Ce temps se termine. Il faut penser le suivant l’esprit libre.

« Les protagonistes du Conseil national de la Résistance surent rassembler »

Il serait aisé de mettre en place une élection, sur la base des nouvelles régions, au scrutin proportionnel, qui permettrait une représentation équilibrée des choix politiques de nos concitoyens. Cela ne requiert, si c’était décidé aujourd’hui, qu’une loi organique, mais cela peut être aussi le produit d’un référendum, annoncé dans le programme  présidentiel et réalisé dans la foulée de l’élection, avant les législatives, si nécessaire. Il est surtout temps de définir une méthode pour avancer dans cette situation nouvelle.

Dans une situation bien plus difficile, les protagonistes du Conseil national de la Résistance, surent rassembler, pour faire face aux défis de l’avenir, des femmes et des hommes provenant des courants, tellement divers, qui formaient la Résistance française. Comme eux, il nous faut définir de grands principes pour aborder une nouvelle période, marquée une révolution de la société, imposée conjointement  par la mondialisation  et la numérisation de tous les aspects de la vie humaine. Elle est aussi caractérisée par des conditions nouvelles, qui requièrent inventivité et imagination, puisqu’il faut concevoir tout cela dans les cadres internationaux, et notamment européens, auxquels nous avons souscrits.

« Ouvrir l’avenir plutôt que de réparer le passé »

On ne peut pas lutter contre le populisme d’extrême droite que nous connaissons en France, ni contre ses variantes, parfois plus sévères, qui sévissent en Europe, par la seule dénonciation du caractère mauvais de ces forces. Il est indispensable de donner une perspective solide aux catégories sociales qui se sont tournées par défaut vers leurs sirènes. Il faut donc concevoir, pour le monde du travail, c’est à dire, les salariés, les cadres, les entrepreneurs et les innovateurs, des formules qui ouvrent l’avenir, plutôt que d’essayer, souvent en vain, comme nous le faisons aujourd’hui, de réparer le passé tel qu’il survit dans le présent.

Il nous faut aussi prendre à bras-le-corps la difficile question des migrations massives de populations. Les gérer sans céder à la facilité de la constitution de ghettos et de communautés, comme ce fut le cas si longtemps. Il est impérieux de sécuriser notre société, pour faire reculer l’insécurité culturelle, qui sinon risque d’opposer les uns aux autres.

En Europe du Sud, l’expérience de l’extrême droite au pouvoir a été suffisamment longtemps faite pour que les énergies populaires se tournent spontanément vers la gauche et non l’extrême-droite. Cela a produit les phénomènes originaux de recomposition que sont Syriza et Podemos, pour ne citer qu’eux.

Ils nous montrent qu’il est possible de changer la donne, à partir du moment où l’on décide de ne pas se laisser enfermer dans les carcans du passé, et de se tourner vers la jeunesse. Il faut lui laisser la capacité de parler et d’agir, ce qu’elle a peu dans notre société, à l’exception des privilégiés issus des systèmes de reproduction de la noblesse d’État, ou des héritiers. Cette jeunesse qui  se sent laissée pour compte et qui ressent les dirigeants comme interchangeables et présents de toute éternité au pouvoir, pour s’en servir et non servir.

Jean-Luc Bennahmias, président du Front Démocrate

Gilles Casanova, secrétaire général adjoint du Front Démocrate

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